Encore des images numériques!

Georges Favreau - AFM Grand Sud

Je vous propose aujourd'hui de continuer dans cette voie. Le sujet des prises de vues est à mon avis une des questions techniques les plus importantes de notre hobby, puisqu'il permet de compenser la petite taille des cristaux que nous collectionnons pour les faire encore mieux partager. Il prend une dimension nouvelle, car la technologie évolue vite actuellement et nous permet de plus en plus facilement la mise en valeur nos chers petits cristaux. C'est pourquoi, en plus des articles sur les gisements que vous appréciez tant, nous avons décidé, dans ce cahier encore, de consacrer une partie de nos colonnes à ce sujet, dont l'importance ira sans cesse croissant.

Dans cet article, nous allons vous présenter les résultats de tests d'un appareil photo numérique qui, s'il n'est pas à la pointe de la technique, démontre déjà tous les bénéfices que l'on peut attendre d'un tel type d'appareil.

En guise de résumé, il faut dire que la mise en œuvre de l'appareil est bien plus rapide que pour une webcam et que les prises de vues sont infiniment plus faciles. Nous allons voir également que les résultats sont très supérieurs en qualité d'image.

Figure 1: l'appareil numérique testé

L'appareil testé est un Olympus Camedia C920-ZOOM. La capacité du capteur, qui est de 3,3 millions de pixels sur les appareils de haut de gamme actuels, est ici de 1,3 millions de pixels "seulement", soit 1280x960. A titre d'exemple, un écran de télé comporte presque 4 fois moins de points que notre appareil et les écrans de nos PC sont souvent exploités à 800 x 600 points seulement. Si on veut uniquement afficher les images sur un PC, la résolution est suffisante, puisqu'elle est supérieure à celle de la carte graphique.

Nous n'allons pas ici faire des tests comparés de différentes résolutions, de différents papiers ou de différents appareils. C'est davantage le rôle des magazines photos ou des catalogues de plus en plus élaborés que fournissent gratuitement les grandes chaînes de distribution de matériel photo (FNAC, PHOX…). Nous allons plutôt vous montrer un exemple de ce qu'on peut obtenir avec du matériel non professionnel

Pour nos tests, nous avons placé l'appareil sur un pied photo classique, au moyen du filetage standard situé sous le boîtier. Le tout a été ensuite simplement placé devant l'oculaire d'une bino Nachet à zoom 1-4 x équipée d'un doubleur de focale et d'objectifs 10x. Pas d'adaptateur à réaliser!

On dispose sur la bino d'une dynamique 10x-80x, à laquelle il convient d'ajouter le grossissement du zoom de l'appareil photo (3x). Les grossissements atteints vont nous permettre de photographier des minéraux minuscules, puisque le champ peut être réduit à 1 mm environ! On notera qu'à la différence de certains appareils photos, la manœuvre du zoom de notre appareil ne se traduit pas par une modification de allongement de l'objectif, mais par un déplacement interne des lentilles. Inutile, donc, de réajuster la position de l'appareil après avoir touché au zoom, ce qui est très confortable.

Pour éviter de déplacer la tête de la bino (et donc l'appareil), l'échantillon à photographier est disposé sur une rotule (facile à bricoler soi même), elle-même posée sur un chariot élévateur. C'est en montant et descendant ce chariot qu'on opère la mise au point et par rotation de la rotule, on peut faire varier l'incidence des éclairages pour des effets spéciaux (cristal en lumière rasante, sur fond noir, etc.). Notre éclairage est la simple source de lumière à fibre optiques utilisée pour visionner les micros, sans aucun filtre additionnel (bleu, magenta, etc.). Comme en photo classique, de petits cartons noirs judicieusement disposés pourront créer des zones d'ombre et augmenter l'impression de relief sans déplacer les fibres ou l'échantillon.

Brancher l'appareil photo, le fixer sur le pied, positionner le pied devant la bino et zoomer un peu pour éliminer le vignetage de l'oculaire prend moins de 5 minutes et se fait sans problème particulier.

Ici, la prise de vue est un peu originale, car nous n'allons pas utiliser le viseur, qui ne nous montrerait que la table (ce n'est pas un appareil reflex), mais l'écran LCD situé au dos de l'appareil. Nous allons voir notre minéral, régler l'éclairage et la mise au point à travers ce petit écran, qui est relativement clair (Ceux qui ont fait de la macro classique savent les problèmes de lumière qu'on a avec des viseurs classiques, ce qui impose le remplacement par des viseurs clairs, sur les boîtiers le permettant).

L'appareil réagit automatiquement pour s'adapter à l'éclairage. C'est un petit problème car on ne fait pas toujours ce qu'on veut. L'avantage toutefois est qu'on peut photographier avec très peu de lumière (et les pros de la macrophoto, encore une fois, sauront de quoi je parle). Il faut jouer avec les éclairages et la position du minéral, car la balance des couleurs est parfois surprenante: un même minéral blanc peu apparaître orangé selon l'orientation de l'éclairage. Ne pas hésiter à refaire ses réglages, car une petite modification d'orientation permet souvent de supprimer le défaut sans changer notablement le cadrage souhait. On aura juste à pivoter "électroniquement" l'image sur ordinateur. Quand aux dominantes jaunes, elles peuvent être également éliminées par un logiciel approprié (j'utilise Microsoft Picture It! qui est très bien pour tous les traitements d'images numériques, y compris les découpages).

La prise de vue peut être rapide: j'ai pris au hasard un certain nombre d'échantillons parmi les derniers que je voulais entrer en collection. Le tout (100 photos) a pris environ 2 heures (auxquelles il faut ajouter encore 2 heures de découpage et filtrage).

Après la prise de vue, le déchargement vers un ordinateur est d'une simplicité enfantine. Il se fait par un cordon spécial simplement branché sur un port série de votre ordinateur et un logiciel spécialisé fourni avec l'appareil. Ce programme affiche sur l'écran du PC tout ce qui est stocké sous forme de petites vignettes, vous permet de supprimer sélectivement des photos et de télécharger vos images choisies vers l'ordinateur. D'autres appareils utilisent une connexion USB (comme la webcam que nous avions décrite), ce qui rend le déchargement bien plus rapide.

A titre d'information, une image au format JPEG, telle que celles que nous présentons en exemple, occupe environ 200 kilo-octets (env. 6 par disquette ou plus de 2500 sur un seul CD). Ceci est réglable à la prise de vues (et également par ré-échantillonnage au moyen de logiciels de traitement d'image, comme PhotoShop).

En plus de tous ces avantages, vous pouvez prendre votre appareil partout…ce que la webcam ne permet pas. Il faut quand même mentionner quelques limitations, en particulier au niveau des projections en public (projecteur numérique coûteux +PC nécessaires) et en ce qui concerne la taille maximum des images sur le papier.

L'imprimante utilisée pour tirer les planches de test est une imprimante HP 895 CXI (env. 2400 F il y a 2 ans) utilisée en qualité supérieure d'impression (600 points/pouce), ce qui est supérieur à la résolution des magazines courants. La qualité du papier est primordiale: en effet, si on ne prend pas du papier photo, l'encre va se diffuser légèrement dans le papier et donner une impression de flou, à laquelle s'ajoute une perte de saturation des couleurs. Il n'est toutefois pas nécessaire d'acheter du papier haut de gamme à 15 F la feuille ou plus. Nous avons utilisé un papier photo de qualité courante (KORES 50 F les 15 feuilles A4). La taille des images que nous présentons correspond à une résolution moitié du maximum de notre imprimante.

Assez de blabla, vous constaterez par vous même la qualité de ce qu'on peut obtenir . Bien sûr la profondeur de champ n'est pas extrême et les cristaux isolés bien contrastés constituent les meilleurs sujets, mais allez donc vous lancer dans la photo classique pour moins de 4000 F! Voilà une bonne solution pour obtenir des photos qui, si elles n'égalent pas les diapos classiques, seront vite obtenues, réalisées à votre envie…et après tout, pas si mauvaises que ça!

A suivre…

PS: Jacques Emile Dietrich a effectué des essais similaires avec un autre appareil photo numérique (Canon) et une bino d'un autre type. Les résultats là aussi sont plus qu'encourageants.