Je voudrais apporter des précisions sur la technique employée. Près de 2400 photos ont été prises depuis un an et j'ai jugé utile également de vous faire part de quelques remarques issues de cette expérience toute fraîche. Il ne s'agit pas de donner de leçons, mais de fournir des informations que chacun adaptera à sa situation particulière.
La prise de vues
Le schéma ci-dessous décrit l'installation utilisée. A l'exception de la rotule, bricolée, tous les éléments sont des éléments standards.
Le chariot élévateur sert à faire la mise au point. tandis que la rotule permet de faire varier l'inclinaison et l'orientation du spécimen. J'utilise deux binos (un peu comme on le fait en photo classique): une première sous laquelle je recherche le détail à photographier, puis oriente la rotule selon l'angle désiré. Il ne reste plus qu'à transporter la rotule et l'échantillon sur le chariot élévateur pour retrouver le minéral comme on le souhaite. Il faut veiller à avoir une lumière venant de la même direction dans les deux cas, bien évidemment. Une bino avec entrée photo devrait permettre de simplifier le dispositif.
L'expérience montre que toutes les associations appareil photo binos ne fonctionnent pas et que des oculaires larges sur la bino sont indispensables sous peine de vignetage important.
La mise au point précise est délicate, car la résolution de l'écran de contrôle au dos du boîtier n'est pas extraordinaire et sa luminosité est variable selon les appareils (elle peut de plus évoluer au cours de la durée de vie de l'appareil).
Ne pas hésiter à prendre des clichés de cristaux situés dans l'obscurité: comme les caméscopes, ce genre d'appareil s'accommode très bien d'éclairages très réduits. En faisant varier l'orientation la rotule sur le chariot, sans toucher aux sources de lumière, ni modifier l'inclinaison de l'échantillon, on peut très bien arriver à réduire, voire supprimer les reflets parasites dans de nombreux cas. Attention au problème des "hot pixels", surtout en ambiance faiblement éclairée, ce qui est généralement le cas pour les fonds de géodes. Ces points parasites viennent du fait que tous les transistors du capteur ne sont pas équivalents et que certains pourront générer un point lumineux alors que tous ses voisins sont éteints. Ils pourront être éliminés par un traitement de l'image.
Pour faire des photos numériques, il ne semble pas nécessaire de faire le noir dans la pièce (l'éclairage entre oculaire de la bino et l'appareil a des effets négligeables), mais une lumière atténuée permettra de mieux estimer la mise au point sur l'écran de contrôle.
La profondeur de champ est très limitée et les cristaux ou les arêtes que l'on veut photographier ne sont pas toujours dans un même plan. Il est donc utile de prendre parfois plusieurs photos en faisant varier une seule chose à la fois: la hauteur du chariot élévateur pour la netteté ou bien l'orientation de la rotule pour l'éclairage ou la correction des dominantes.
Dans beaucoup de cas, une gangue claire provoquera un halo indésirable, pas toujours supprimable par traitement logiciel. Il est donc préférable d'éviter la formation de ce voile lors de la prise de vue. Ce problème vient du fait qu'il est difficile de focaliser la lumière avec précision: j'utilise déjà des équipements destinés à condenser la lumière des fibres optiques, mais la zone éclairée reste trop large. Pivoter la rotule est une solution, comme indiqué précédemment, mais on peut également obscurcir une partie de la gangue claire en projetant une ombre (les statifs vendus pour le modélisme, équipés de pinces "crocodile" et largement orientables sont très utiles pour cette opération). Ceci est utile également pour faire ressortir davantage les cristaux en les faisant se découper sur un fond sombre. Des bricolages à l'aide de fibres optiques, comme celles utilisées en télécommunications pourraient également apporter une solution satisfaisante.
Le traitement des images est une étape cruciale. Il peut se faire à l'aide de divers outils complémentaires. En effet, je n'ai pas trouvé le logiciel "miracle" qui fait tout parfaitement et j'emploie un programme spécifique selon ce que je veux faire. J'utilise volontiers Microsoft PictureIt!, ACDSee, Photo Editor, DCEnhancer.
Les logiciels de traitement sont utiles pour réaliser les opérations principales:
Bien souvent, la prise de vue elle-même prend quelques minutes, le traitement peut en prendre 10 fois plus! On gagnera toujours à régler les problèmes "à la source", c'est à dire dès la prise de vues.
Les caractéristiques de l'appareil
La mémoire disponible est très importante: les fabricants d'appareils, relayés par les marchands, ne proposent en général que des configurations ridicules avec des cartes de 8 MO, ne permettant de prendre que 18 photos avec un appareil 2,2 Mpixels. Ces cartes mémoires, qui se déclinent sous divers standards, peuvent représenter une part non négligeable du prix d'achat de l'appareil et on a tout intérêt à s'équiper directement d'une configuration "musclée" pour éviter le va-et-vient prise de vues - déchargement.
J'ai effectué l'essentiel des photos avec un appareil 1,3 Mpixels, mais ai également testé un appareil à résolution plus importante (2,2 Mpixels), mais avec la même optique. Le second modèle est bien plus cher et le résultat n'est pas radicalement différent. Davantage de résolution signifie en premier lieu des fichiers plus lourds à télécharger, manipuler. Dans bien des cas, et surtout si on ne cherche qu'à afficher les images sur écran, une résolution élevée créera davantage de problèmes qu'elle n'en règlera. Aujourd'hui, il vaut peut-être mieux se focaliser sur la qualité de l'optique que sur la résolution du capteur. Bien sûr, les mécanismes d'échanges vont évoluer (liaisons USB version 2) ainsi que la puissance des ordinateurs, ce qui ne manquera pas de remettre en question ces choix.
Des exemples d'images
J'ai testé toutes sortes de minéraux: des touffes de fines aiguilles, des plaquettes incolores, des baguettes métalliques, etc. L'appareil semble se sortir plutôt bien de la photographie des minéraux blancs et incolores, sujet habituellement difficile à traiter (sauf en relief). Ainsi la tridymite, la pharmacolite ont fourni des photos assez convenables. Par contre, tous les minéraux brillants, et en particuliers ceux à éclat métallique, génèrent des points très lumineux où l'appareil sature, donnant des images médiocres. La hausmannite, par exemple, a été un véritable cauchemar. Pour ces minéraux, il faut donc réduire à l'extrême l'éclairage, sous peine de fastidieuses séances de correction.
Des minéraux extrêmement petits ont pu être photographiés. L'iltisite résiste encore, mais les 20 µm des cristaux sont un peu petits pour la technique employée. Par contre, des minéraux jusqu'à 0,25 mm ont donné des résultats potables, même si une certaine diffusion de la lumière apparaît aux grossissements les plus extrêmes. C'est ainsi qu'il a été possible de photographier des cristaux de carminite faisant apparaître clairement la symétrie orthorhombique du minéral.
Certains minéraux, qui avaient donné des résultats moyens lors des premiers essais, ont fourni des images bien meilleures lors de prises de vues ultérieures. Comme en photo classique, il est nécessaire de passer par une phase de prise en main, pour mieux cerner les possibilités et les limites de l'appareil.
Les exemples ci-dessous illustrent les différents champs d'application de la technique et donne une idée de ses limites actuelles!

Bastnaésite-(Ce)
Trimouns, Ariège, France
Cristal 3,5 mm
Libethénite
Villa Viçosa, Portugal
Cristal 0,9 mm
Smithite
Lengenbach, Binntal, Suisse
Cristal 0,35 mm