1) En guise de justification
Nombreux sont les micromonteurs tentés par la photographie de leur plus jolis échantillons, et les projections de montages audiovisuels auxquels il nous est quelquefois donné d'assister ne font qu'aiguiser cette envie.
Tout cela pour dire que c'est un vieux rêve que j'ai pu réaliser lorsque je me suis lancé dans la construction d'un dispositif qui, après quelques tâtonnements, me donne quelques belles satisfactions.
Mes débuts datent de Juillet 1990, j'utilise maintenant la deuxième version de mon appareil, et sans prétendre atteindre à la perfection de notre maître à tous que reste R. VERNET, je me constitue une bonne collection de clichés qui, vus à travers ma visionneuse binoculaire, me procurent souvent des images bien plus attrayantes que celles que me donne ma bino dont la profondeur de champ plus réduite enlève souvent au spectaculaire du "paysage".
Assez fier de mes réalisations, et après consultation des instances supérieures de notre association, lesquelles sont toujours avides d'articles pour notre revue, j'ai finalement résolu, pour répondre par une qualité (1'altruisme) à un défaut bien affirmé (un certain contentement de soi), de faire profiter de mon expérience tous les bricoleurs de notre association qu'une centaine d'heures de travail ne risque pas de rebuter.
Veuillez donc accrocher vos ceintures et me suivre dans le délicat parcours que représente la seule description de l'appareillage que je voudrais vous donner l'envie de construire.
A l'époque où, comme on dit, j'étais encore en activité, j'avais acheté sans autrement avoir profondément réfléchi à l'usage que j'en ferais, un objectif macro TAKUMAR de 50 mm de focale et f/4 d'ouverture, ainsi qu'un jeu de tubes-allonge avec lesquels je m'étais livré à quelques essais décevants de photos sur papier (grossissement limité à 2, difficultés de mise au point, problèmes d'éclairage et, en conséquence, mauvais rendu des couleurs). Mon équipement avait rapidement terminé sa carrière au fond d'un quelconque placard.
Privé cet été, pour des raisons familiales, des sorties minéralogiques sans lesquelles tout micromonteur dépérit à vue d'oeil, je me livrai d'abord à quelques incursions dans mes stocks considérés comme pouvant encore receler quelques trésors, puis au comble du désespoir, au soir d'une journée de "trimming" infructueux, je résolus d'un seul coup de m'atteler au problème de la macro-photo en relief dont tout le monde parlait depuis quelque temps, ET CECI SANS FAIRE APPEL A UN MATERIEL SOPHISTIQUE ET AU MOINDRE PRIX.
Je démarrais donc avec pour éléments de base:
- Un boîtier 24x36 avec priorité à l'ouverture et cellule incorporée permettant l'exposition en automatique jusqu'à une pose de 16 secondes.
- Un jeu de bagues-allonges classiques en trois éléments.
- L'objectif macro décrit plus haut et fermant au maximum à f/22 ce qui permettait d'espérer une bonne profondeur de champ.
- L'alimentation, en 12 Volts avec variateur, de l'éclairage de ma bino.
Pour le reste j'allais puiser dans les vieilleries que tout bricoleur met jalousement de côté, et compléter le tout par quelques achats dont j'estime le coût à environ 500 Francs.
2) Description de l'appareillage.
Pour obtenir un effet de relief, il faut obligatoirement réaliser deux photos sous deux angles légèrement différents, et pour cela il n'existe que deux méthodes, la première qui vient à l'esprit consiste à déplacer légèrement l'appareil après avoir réalisé le premier cliché (d'une longueur égale à votre propre intervalle oculaire par exemple), l'autre consiste à faire tourner l'objet photographié de quelques degrés.
Cependant les deux méthodes ne sont équivalentes que dans la mesure où, dans le second cas, le décor et l'éclairage tournent en même temps du même angle.
C'est finalement ce dernier parti que j'ai choisi, et mon "banc" de travail se compose de trois éléments essentiels;
La liaison entre boîtier et objectif est assurée par des tubes en carton de longueur variable remplaçant avantageusement le soufflet classique tant en ce qui concerne le prix que les possibilités, puisque permettant d'atteindre des longueurs et donc d'obtenir des grossissements bien supérieurs.
L'alimentation électrique de l'éclairage est assurée par une source 12 Volts que vous pourrez, comme moi prélever, moyennant un aménagement simple, à la sortie basse-tension du transfo alimentant votre bino ou votre dispositif à fibre optique.
L'ensemble est monté sur quatre pieds dont la hauteur est calculée pour permettre de l'installer sur une table et d'amener la ligne de visée de l'opérateur à un niveau permettant un travail confortable dans la position assise.
3) Matériel
Pour vous donner une idée de ce qui vous attend, voici la liste complète de ce que vous devrez vous procurer avant de vous lancer dans la fabrication de votre appareil:
| 2 Ml de couvre-joint sapin section 50x5 mm |
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| 2 Ml baguette sapin section 10X10 mm | |
| 2 Ml latte sapin section 40x10 mm | |
| 2 Ml latte sapin section 30xl0 mm | |
| 1 Plaque contre-plaqué de 5 mm d'épaisseur de 60x40 cm | |
| 1 Petit pot colle à bois blanche SADER prise normale | |
| 1 Flacon de TECHNICOLL UNIVERSAL |
| 1 Vis TF de 6 mm longueur 70 mm avec 3 écrous |
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| 4 Vis TF de 6 mm longueur 40 mm avec écrous à oreilles | |
| 1 Tige filetée 4 mm, 20 écrous 6 pans et 3 à oreilles | |
| 4 Vis TF de 4 mm longueur 20 mm avec écrous à oreilles | |
| 4 Vis TF de 3 mm longueur 20 mm + rondelles et écrous | |
| 3 Vis TR de 3 mm longueur 30 mm, 3 rondelles, 6 écrous | |
| 1 Vis à bois TF de 5x20 | |
| 1 Sachet clous tête "homme" de 15 mm | |
| 4 Adaptateurs 10 mm (coté femelle pas l mm, mâle pas SI) | |
| 2 Contre-écrous 10 mm pas de 1 mm pour d° | |
| 1 Petit pot de peinture noir-mat | |
| 1 Petit paquet de plâtre à modeler |
| 2 Ml Monoconducteur souple isolé 0,50 mm2 noir |
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| 2 Ml Monoconducteur souple isolé 0,50 mm2 rouge | |
| 2 Ampoules halogénes réflecteur alu, 12 Volts 20 Watts | |
| 1 Barrettes de connecteurs (sucres) petit modèle |
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| 3 Mini-interrupteurs à poussoir (pour platine épaisse) | |
| 1 Douille à baïonnette (Pr récupération des pompes) | |
| 1 Fiche prise de courant bipolaire | |
| 1 Kit de cosses isolées (électricité auto) |
| 2 Flexilamps A noirs, longueur 40 cm, diamètre 8 mm avec embouts M10 M10/100 |
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| 1 Feuille de contre-collé double face épaisseur 1 fin |
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| 1 "Vitre" antireflet pour encadrement de 12x18 cm env. |
| 1 Filtre bleu de conversion COKIN A 022 |
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et, plus difficile à trouver, mais il faut savoir se débrouiller et inventorier recoins et fonds de tiroirs:
- 1 Tube plastique de médicament (vide) de 27 mm de diamètre et au moins 8 cm de longueur,
- 2 Morceaux de tube métallique de 10 cm de longueur environ et d'un diamètre compris entre 16 et 25 mm pouvant coulisser à frottement doux l'un dans l'autre (pour ma part, je les ai trouvés dans les restes de 2 tringles de penderie, l'une en laiton chromé pour le plus gros, l'autre en fer enrobé de plastique que j'ai dû travailler quelque peu au papier de verre pour arriver au diamètre voulu).
- 1 Ml de tube carton de 50 mm intérieur (C'est autour de tels tubes que sont enroulées les moquettes murales. Allez faire un tour chez St Maclou).
- 10 cm de tube carton de 45 mm extérieur (Rouleau Sopalin).
4) Outillage nécessaire
Pour réussir votre entreprise mieux vaut vous munir dl un outillage suffisant dont vous trouverez ici la liste.
Eléments indispensables:
| Un mètre à ruban | Une pointe à tracer | Une perceuse électrique capacité 10 mm adaptée sur colonne |
| Une règle graduée de 50 cm | Un petit marteau de menuisier | Un jeu de mèches diam. 1.5 - 2 - 2.5 - 3 - 3.5 - 4 - 4.5 - 5 - 6 - 10 mm |
| Une équerre de dessinateur à 45 degrés | Un petit pointeau | Une petite fraise à bois travaillant en bout (à défoncer) (** Ne servira qu'un court instant, peut-être pourra-t-on vous le prêter.) |
| Un compas de dessinateur | Une boite à onglet | Un étau (mors de 10 cm) |
| Un petit cutter de bureau | Une scie égoïne denture fine | Un fer à souder, étain et décapant |
| Une scie cloche de 26 à 63 mm (** Ne servira qu'un court instant, peut-être pourra-t-on vous le prêter.) | Une scie à métaux | Une lime demi-ronde taille demi-douce de 25 cm |
| Une lime queue de rat de 8 mm de diamètre ** | Un jeu de tournevis | Deux feuilles de papier de verre grain gras, moyen et fin |
| Une feuille de papier à polir "à l'eau" grain fin |
Outillage souhaitable:
| Une équerre à talon d'ajusteur | Un jeu de tarauds de 4 mm et tourne à gauche | Un jeu de limes de précision: ronde, demi-ronde, plate, tiers-point |
| Une fraise pour têtes de vis TF | Un pied à coulisse | Un chalumeau coccinelle (** Ne servira qu'un court instant, peut-être pourra-t-on vous le prêter.) |
5) Exécution de l'appareillage
Muni de toute la matière première et de l'outillage décrit ci-dessus, n'importe quel assez bon bricoleur doit pouvoir mener à bien le projet pourvu qu'il ne veuille pas avoir fini avant d'avoir commencé.
Il faut estimer entre 80 et 100 heures le temps nécessaire à l'exécution compte tenu du nombre des opérations à faire, mais on aura le plaisir de voir avancer le travail qui porte sur assez d'éléments pour que chaque journée corresponde à la finition de l'un ou de l'autre.
Nous nous proposons d'ailleurs, pour vous faciliter la tâche, de détailler pas à pas l'exécution des pièces et leur assemblage, mais cela représente un document trop important pour qu'il soit publié ici, alors qu'il risque de n'intéresser qu'un nombre réduit de lecteurs.
6) Utilisation de l'appareil en mode opératoire préconisé
Les problèmes auxquels on se heurte généralement en matière de micro-photo sont de trois ordres:
Moyennant quelque astuces, il est possible de surpasser ces difficultés et de réussir malgré tout de bons clichés.
A) Eclairage
Deux lampes à halogène 12 volts, 20 watts montées sur semi-flexibles procurent un éclairage d'incidence variable mais malheureusement toujours assez rasante. Le plus délicat sera donc d'éviter les zones d'ombre, ce que l'utilisation de deux diffuseurs dépolis mobiles prévus de part et d'autre du porte-objet permet d'obtenir en partie.
Cependant dans le cas d'une petite géode, il sera toujours difficile d'en éclairer le fond, à moins d'utiliser une source d'appoint frontale qu'il est possible dans certaines configurations d'objectif (c'est le cas de mon TAKUMAR) de loger dans l'espace occupé par le pare-soleil.
On procédera donc par tâtonnement en vérifiant constamment par rotation du plateau porte-objet que pour une variation angulaire d'une dizaine de degrés on n'obtient pas l'apparition ou la disparition d'ombres ou de reflets trop importants sur les faces des cristaux, ce qui conduirait à deux clichés trop différents gênants à l'observation binoculaire.
Dans un certain nombre de cas au contraire, on profitera de ces reflets pour mettre en évidence telle ou telle face de cristal, mais en recherchant toujours un équilibre dans la luminosité des deux clichés que l'on va prendre.
On travaillera à puissance moyenne pour éviter l'échauffement sans omettre au moment des prises de vue d'amener la puissance au maximum pour obtenir une température de couleur satisfaisante.
B) Cadrage
La première étape de cette opération consiste à rechercher quel sera le rapport de grossissement qui risquera de donner le meilleur résultat.
Expliquer comment s'y prendre par écrit s'apparente à l'apprentissage en chambre de la pêche à la mouche. En fait ce n'est guère que par la pratique que vous arriverez à déterminer ce qui sera préférable. Pour vous y aider songez simplement que le champ photographié aura pour dimensions un sous-multiple de 24x36 mm, par exemple 6x9 mm pour un rapport de 4.
Ceci étant fait vous allez mettre l'oeil au viseur et vous constaterez que dès que l'on dépasse le grossissement 2, la finesse du verre dépoli est insuffisante pour donner de l'objet une image satisfaisante. Si l'on ne dispose pas d'un bottier permettant le remplacement du dépoli par un viseur il est donc souvent nécessaire de repérer sous la bino l'angle sous lequel on obtiendra la meilleure image et le cadrage qui amènera au centre du cliché la zone la plus intéressante de l'échantillon.
Le porte-objet proprement dit étant constitué d'un petit plateau monté sur un téton qui s'engage dans le tube central du plateau pivotant, j'ai imaginé un montage qui permet d'effectuer le travail de fixation de l'échantillon sur ce plateau sous la binoculaire même **. Ceci étant fait il ne reste plus qu'à remettre le plateau dans son logement et à peaufiner cadrage et mise au point.
C) Mise au point
Vous serez assez surpris de constater combien la manipulation de la bague de mise au point de votre objectif effectuée à pleine ouverture donne de l'échantillon une image changeante.
Aussi est-il préférable pour la recherche du meilleur cadrage et pour approcher la mise au point de travailler tout d'abord avec une ouverture de l'ordre de f/5,6. Le cadrage définitivement fixé, balayez en profondeur le champ de l'image en cherchant à trouver un point repérable situé approximativement du tiers avant de la profondeur totale du sujet qui vous intéresse.
Ceci fait revenez à la pleine ouverture et affinez la mise au point de cette zone privilégiée et en particulier du point de repère choisi.
L'opération est terminée. Revenez à l'ouverture la plus faible compatible avec le fonctionnement de votre posemètre pour déterminer le temps de pose, à moins que vous ne bénéficiez d'un appareil fonctionnant en automatique pour les longues poses.
D) Détermination du temps de pose.
Quelque soit le type de votre boîtier (pourvu qu'il soit doté d'une cellule lisant dans le viseur) votre appareil vous fournira les indications nécessaires à la détermination du temps de pose qui vous permettra l'obtention de clichés corrects. Mais ceci seulement après que, par une série d'essais, vous ayez étalonné le système. Il est connu, en effet, que l'utilisation de tubes-allonge peut nécessiter une augmentation du temps de pose fourni par la cellule.
Les essais seront effectués avec une pellicule en noir et blanc qui vous facilitera l'interprétation des résultats par examen de la densité des clichés obtenus que vous pourrez, au besoin, montrer à votre photographe pour appréciation.
En ce qui me concerne, j'ai constaté qu'il me fallait multiplier par 4 la durée de pose déterminée par ma cellule. Mon boîtier étant automatique, je me contente donc de "tromper" mon appareil en affichant une sensibilité de pellicule de 25 ASA au lieu de 100, ou 100 ASA au lieu de 400.
Si votre appareil vous fournit seulement le temps de pose qu'il juge être le bon, vous pourrez vous contenter de le multiplier par le facteur que vos essais vous auront fourni et opérerez en mode manuel.
7) Résultats obtenus
Avec de l'application, de la patience, et si vous avez soin de noter toutes vos manoeuvres sur un cahier spécial, ce qui vous permettra de raisonner vos échecs, vous devriez assez rapidement parvenir a un pourcentage de réussite satisfaisant, même si, comme cela est indispensable vous vous montrez critique en face de votre travail, tant en ce qui concerne la netteté et la profondeur de champ que le rendu des couleurs, le cadrage, le fond (généralement noir), la propreté de l'échantillon (C'est fou ce qu'un brin de poussière se voit sur une photo alors qu'il passe presqu' inaperçu sous la bino), et ne prenez en compte que les couples de clichés vraiment réussis.
Bien sur, vous verrez qu'il y a pas mal de chose à apprendre et qu'avant d'appuyer sur le déclencheur il est bon de passer en revue la check-list que vous aurez établie:
- Vérification du cadrage.
- de la mise au point
- de la détermination du temps de pose (sans oublier, en mode manuel, la correction du temps de pose correspondant au passage du diaphragme de visée à celui de la prise de vue).
- du fait, si vous opérez en automatique, que les deux clichés successifs seront bien pris avec le même temps de pose. La rotation de objet, après le premier cliché, peut modifier suffisamment l'éclairement pour que le second soit pris avec un temps de pose multiplié ou divisé par deux.
- du fond sur lequel se détachera votre échantillon. qui devra avoir le même aspect sur les deux clichés sans apparition incongrue du mastic de fixation ou de quelqu'élément étranger.
- de la propreté de l'échantillon.
- Fermeture du diaphragme.
- Poussage de l'éclairage au maximum.
- Obturation du viseur (Indispensable pour les temps de pose longs car lorsque le miroir est relevé et le rideau ouvert, la lumière qui pénètre par l'oeilleton amène un effet de voile qui peut être important).
J'en oublie, sans doute, mais vous compléterez vous même, j'estime vous avoir déjà bien mâché le travail, le reste est à votre charge. Si, comme il est probable, vous découvrez quelqu'astuce intéressante, soyez gentil, communiquez la à la rédaction afin que tout le monde en profite et l'AFM deviendra le meilleur club de micromonteurs-photographes in the world.

Pour d'autres renseignements, allez sur le site: http://perso.club-internet.fr/franky82/macro.htm